Et si le ski de randonnée redevenait ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être ? À quelques kilomètres de Briançon, la vallée de la Clarée déploie ses paysages intacts comme une promesse de silence. Ici, pas de grands ensembles ni de ballets incessants de remontées mécaniques. Juste des combes immaculées, des forêts de mélèzes et une lumière hivernale qui semble ralentir le temps. Bienvenue dans l’un des derniers sanctuaires alpins où la montagne se mérite et se savoure.
Textes & photos : Laura Lurquin




Classée site naturel, la vallée de la Clarée cultive une rare sensation d’espace. Lorsque l’hiver s’installe, elle devient un terrain d’expression privilégié pour le ski de randonnée. Les itinéraires y sont multiples, du vallon doux pour les premières conversions aux sommets plus engagés pour celles et ceux en quête de dénivelé. Ici, chaque montée est une respiration, chaque trace une signature éphémère. Selon les passionnés, c’est moins la performance qui attire que la qualité de l’expérience : progresser au rythme de ses peaux et écouter le crissement de la neige froide. La montagne retrouve sa dimension sensible.
Mais la Clarée ne se découvre pas uniquement en ski de randonnée. Le ski nordique y est particulièrement réputé et compte parmi les plus beaux domaines des Alpes du Sud. Deux grands espaces structurent la pratique : le domaine de Névache, apprécié pour ses longues traces serpentant entre plaines enneigées et mélèzes, et celui de la vallée haute, qui offre une immersion progressive vers des paysages plus sauvages. Alternatif, contemplatif et accessible, le ski de fond permet de parcourir la vallée autrement, dans une continuité presque méditative.
La lenteur comme luxe ultime
Dans la Clarée, partir à ski, c’est accepter une forme de dépouillement. On avance sans bruit, enveloppé par un paysage presque monochrome où seules les nuances de blanc et de bleu composent le décor. Les hameaux, Névache en tête, semblent figés dans une autre époque. Les toits chargés de neige, la fumée discrète d’une cheminée, le tintement lointain d’une cloche : autant de détails qui rappellent que l’hiver peut être doux lorsqu’on choisit de le vivre autrement. On ne consomme pas la montagne, on la traverse. Et parfois, on s’arrête simplement pour contempler la ligne parfaite d’une arête ou le soleil qui glisse derrière les crêtes.



Les itinéraires : prendre de la hauteur, changer de rythme
Dans la vallée de la Clarée, chaque sortie raconte une histoire différente. Certaines invitent à une initiation contemplative, d’autres promettent une véritable aventure alpine.
Le mont Thabor (3 175 m) figure parmi les grandes classiques du secteur. Ce sommet très convoité récompense l’effort par une vue spectaculaire à 360°, embrassant les Écrins, le Mont Viso, la Vanoise et, par temps clair, jusqu’au massif du Mont-Blanc. L’ascension, près de 1 400 mètres de dénivelé pour environ cinq heures de montée, s’adresse aux skieurs déjà à l’aise en terrain de montagne. Depuis la Vallée Étroite, l’itinéraire serpente entre forêts, pentes vallonnées et reliefs minéraux avant de mener à la chapelle perchée au sommet, presque irréelle dans l’immensité blanche.
Plus accessible, la montée au refuge du Ricou offre une immersion progressive dans la haute vallée. Depuis Ville-Haute, la route enneigée conduit tranquillement vers Fontcouverte, ponctuée de chapelles et d’anciens chalets d’alpage qui rappellent la vie d’hiver d’autrefois. Après le pont, le sentier s’élève doucement : encore une heure d’effort et le refuge apparaît, face à un panorama ouvert et lumineux. Avec environ 515 mètres de dénivelé pour 7 kilomètres, l’itinéraire se prête aussi bien au ski de randonnée qu’aux raquettes, idéal pour une première expérience ou une sortie contemplative.




Autre valeur sûre, le refuge de Buffère séduit par son équilibre entre accessibilité et caractère montagnard. Après avoir franchi la Clarée, la trace grimpe dans une belle forêt de mélèzes avant de déboucher sur les chalets d’altitude. La montée, soutenue mais régulière, révèle peu à peu un superbe point de vue sur Névache et la vallée. Comptez environ deux heures pour parcourir les 4,7 kilomètres et 500 mètres de dénivelé. Une escapade parfaite pour goûter à la montagne hivernale sans s’engager dans une longue course.
Quelle que soit l’option choisie, une évidence demeure : la montagne en hiver ne s’improvise pas. S’informer sur les conditions météorologiques, l’état du manteau neigeux et le risque d’avalanches est indispensable. Et pour celles et ceux qui souhaitent découvrir ces itinéraires en toute sérénité, l’accompagnement par un guide reste la plus belle façon d’apprendre à lire, et respecter, ce territoire d’altitude.
Dormir au plus près de l’hiver
À l’entrée de la vallée, Huttopia La Clarée propose une parenthèse chaleureuse, pensée pour celles et ceux qui veulent prolonger l’expérience nature jusque dans leur hébergement. Loin des hôtels standardisés, le lieu mise sur une esthétique simple et contemporaine, où le bois domine et où les larges ouvertures des petits chalets invitent le paysage à l’intérieur. Après une journée à tracer dans la poudreuse, on retrouve le plaisir élémentaire de la chaleur : un poêle qui crépite, une boisson fumante, et ce silence incomparable des soirs d’hiver. L’adresse séduit autant les amateurs de ski de randonnée que les voyageurs en quête de déconnexion, grâce à un équilibre réussi entre confort discret et immersion totale. Son emplacement stratégique permet de rejoindre rapidement les itinéraires, une façon cohérente de vivre la vallée, en limitant son impact. Ici, le luxe n’est pas tapageur : il réside dans l’espace, la lumière et la sensation d’être exactement là où il faut.

Au fond, la vallée de la Clarée rappelle une évidence que l’on oublie parfois : la montagne n’a pas besoin d’artifice pour émouvoir. Il suffit de ralentir, d’écouter, de lever les yeux.